La tradition veut qu’au sortir de l’hiver, chacun devrait procéder à une grande détoxination du corps pour ôter les excès de graisses, d’hydrates de carbone liés aux céréales mais aussi
les agents pathogènes (bactéries, virus…). Ce grand nettoyage traditionnel de printemps correspond, bien entendu, à l'apparition de nouvelles plantes, mais il est aussi réclamé par le corps dont
la dominante est une activité redoublée du foie et de la vésicule biliaire (le centre anti-poison de l'organisme). La cure ancestrale est facile à mettre en oeuvre, à l'aide de l'alimentation, de
plantes choisies et de compléments alimentaires pour ceux qui n'ont pas la chance d'avoir les plantes utiles sous la main.
Mes petits poisons personnels
La détoxination de printemps n’a rien à voir avec la détoxication qui est l’élimination de substances toxiques extérieures comme les métaux lourds. Les toxines sont produites par le corps et on ne les élimine pas de la même manière.
Il s’agit par exemple du cholestérol et des acides gras saturés qui épaississent le sang, se déposent sur les vaisseaux, les agressent et les bouchent, et sont à l’origine des maladies cardiovasculaires. Ou bien encore, ce sont les acides et les cristaux qui enflamment, bloquent et déforment les articulations des rhumatisants. Ce sont aussi les déchets colloïdaux qui encombrent les voies respiratoires et provoquent des catarrhes. Et c’est enfin l’acide urique qui provoque la goutte.
Les signes du « trop plein » de toxines
Face à l’encrassement du corps par les toxines, le corps réagit. Il brûle les déchets par la fièvre ou cherche à les éliminer par les émonctoires (foie, reins,
intestins…). Le rejet des déchets s’opère aussi par la peau sous forme d’acné, d’eczémas ; par les voies respiratoires ce qui provoque bronchites,
rhumes ou sinusites ; par les voies urinaires en polyurie, urine acide, sable… ; par les voies digestives sous forme de vomissements, de
diarrhées… ; et par la production de gaz (aérophagie, ballonnements).
Les problèmes plus conséquents apparaissent lorsque ces portes de sortie naturelles ne sont pas suffisantes. Alors le corps en crée de nouvelles, comme les ulcères variqueux, les
plaies suintantes qui ne cicatrisent pas, les hémorragies spontanées (hémorroïdes, saignements du nez, règles trop abondantes…). Chez les rhumatisants, les articulations se
déforment par la présence de « cristaux ».
Il ne nous reste plus qu’à prendre exemple sur les animaux (le chat et le chien se purgent régulièrement en mâchant du grammont ou du chiendent), pour vider, nous aussi, notre trop-plein
métabolique.
La nature sait ce qui est bon
Le passage de l’hiver au printemps est la meilleure période pour effectuer une détoxination, des organes profonds à la peau. Pour cela, la nature nous donne toutes les solutions pour purifier notre organisme et dans la foulée l'aider à renforcer ses défenses immunitaires.
Les Anciens avaient le réflexe d’utiliser les plantes qui poussaient à cette période de l’année dans le jardin : le pissenlit, le liseron, la barbarée, les fumeterres, le lamier, l’iris des marais, la pariétaire officinale mais aussi le poireau, l’asperge, le tamier… Est-ce un hasard si les plantes de la fin de l’hiver et du début de printemps sont dépuratives, vulnéraires, laxatives, toniques, purgatives, cholagogues… Faites donc appel, comme les Anciens, à ces fameuses « plantes ménagères » !
Les émonctoires : portes de sortie des toxines
Le corps est équipé de cinq organes pour faire face à la montée des toxines : le foie, les intestins, les reins, la peau et les poumons. Ces organes excréteurs, ou émonctoires, filtrent les déchets hors du sang et de la lymphe et le rejettent à l’extérieur du corps. Comme l’écrivait Hippocrate à propos de la peau, « toutes les maladies se guérissent au moyen de quelque évacuation, ou par la bouche, ou par l’anus, ou par la vessie, ou par quelque émonctoire. L’organe de la sueur en est un, qui est commun pour tous les maux ».
Le drainage est le moyen utilisé pour réaliser cette détoxination, ou mieux encore, faire travailler les émonctoires et augmenter cette élimination pendant une certaine période afin de rattraper le retard. Les moyens qui peuvent être employés sont nombreux. Logiquement, on commencera par les « draineurs ». Il peut s'agir de plantes médicinales, de jus ou d'aliments ayant des vertus détoxinantes. La diète, les lavements intestinaux, l’hydrothérapie peuvent être complémentaires.
On peut également masser la zone réflexe du système urinaire qui se trouve au centre de la voûte plantaire va stimuler par réflexe nerveux le tractus urinaire, le rein, la vessie et l’urètre. Certaines huiles essentielles vont potentialiser ces effets. Par exemple, l’huile essentielle de gaulthérie a des propriétés vasodilatatrices et réchauffantes qui soutiennent tout particulièrement le travail d’élimination rénale. On massera donc cette zone réflexe de la voûte plantaire avec une solution de gaulthérie diluée à 20 % dans une huile végétale (40 gouttes dans un flacon de 10 ml).
Du citron pour stimuler le foie, c'est ce qu'il y a de plus simple
Le foie constitue un organe clé et prioritaire dans le processus de détoxination. Car si ses fonctions sont multiples, il est surtout chargé d’éliminer les déchets et de neutraliser les toxines en circulation dans l’organisme. Pour le stimuler on peut commencer sa journée en buvant un jus de citron frais mélangé à de l’eau chaude. Si l’on connaît les vertus stimulantes et antiseptiques du citron, on sait moins qu’il est d’une remarquable efficacité pour dynamiser les foies encombrés.
Côté plantes, l’artichaut (si possible en suspension intégrale de plante fraîche) est un trésor. On peut aussi faire appel au romarin qui soutient le travail du foie et accélère la production et l’évacuation de la bile. Il est, de plus, facilement utilisable en cuisine, mais aussi en infusion (une poignée de sommités fleuries pour un litre d’eau, infuser dix minutes et boire en trois fois dans la journée).
Si l'on veut principalement éliminer les graisses, on pourra choisir le chitosan (prononcer kitozane), est une fibre extraite de la paroi des champignons ou de l’exosquelette des crustacés. Le chitosan diminue l’apport de graisse en fixant plus de quinze fois son propre poids en matières grasses, il adhère facilement aux graisses dès qu’il se trouve à leur voisinage. L’ensemble ainsi formé est ensuite évacué par les voies naturelles. Pour être efficace le chitosan doit être absorbé trente minutes avant les repas, c’est le temps nécessaire pour qu’il se déploie dans l’estomac.
Du noni pour nettoyer les intestins
Les intestins jouent un rôle fondamental. Avec ses 7 mètres de long et un diamètre de 3 à 8 cm, la quantité de substances qui peut stagner, putréfier ou fermenter est énorme et elle contribue
pour une grande part à l’auto-intoxication (c’est d’ailleurs souvent la cause première de la constipation). Le noni aide à vous débarrasser de ces déchets. Le noni a en effet des propriétés antibactériennes qui protègent le système digestif. Ce sont les anthraquinones
qu’il contient qui stimulent l’activité de tout le processus digestif, en augmentant les sécrétions, les enzymes et l’écoulement de la bile. Le noni aide à équilibrer le niveau de pH ou
d’acidité du corps ce qui augmente sa capacité à mieux absorber les vitamines, les minéraux et les protéines.
On peut également recommander la bourdaine (en infusion) qui, par son effet global sur le système digestif améliore en douceur le transit. On utilise l’écorce séchée pour préparer l’infusion (1
cuillère à café pour 250 ml d’eau ; deux tasses par jour).
Le rétablissement d'un bon transit peut également s'opérer en absorbant de la chlorophylle, par exemple en ajoutant de la pourdre d'orge vert à son régime détoxinant. Cette poudre très riche en vitamines, oligo-élément, enzymes et antioxydant contient surtout une importante quantité de chlorophylle. La chlorophylle permet d’oxygéner l’organisme, de le désintoxiquer et surtout de maintenir l’équilibre acido-basique. Elle permet également d’assainir la flore intestinale et favorise la santé des bactéries probiotiques. Elle agit enfin sur la fibre lisse des intestins et contribue ainsi à combattre la constipation
Du pissenlit pour laver les reins
On dit du pissenlit qu’il rince le filtre rénal et essore l’éponge hépatique. Il est aussi surnommé le « grand nettoyant ». Vous pouvez, bien sûr, le consommer en salade, ramasser ses racines et les faire en infusion. Les racines rissolées et ajoutées aux plats et aux salades sont une variante intéressante (avec un effet surprise garanti !). Maurice Mességué, herboriste, conseille de préparer les racines de pissenlit en tisane, associées à de la fumeterre, du romarin et de l’ortie (quatre pincées de chaque dans un demi-litre d’eau), à boire dans la journée. On peut aussi trouver le pissenlit en suspension intégrale de plante fraîche (SIPF)
Mais de nombreuses autres plantes peuvent nettoyer les reins. C’est le cas du bourgeon de peuplier qui est un excellent diurétique éliminateur de l’acide urique tout en fortifiant les voies respiratoires. Le frêne, via ses feuilles, offre, lui, des vertus nettoyantes idéales pour les personnes souffrant de rhumatismes et de crises de goutte.
Vous pouvez aussi abuser, à table, des asperges, des poireaux et du tamier. Les pousses de tamier (Tamus communis), appelées aussi « raspounchou » se consomment cuites à la vapeur. Et n’oublions pas la sève de bouleau (Betula verrucosa) qui favorise un drainage rénal en douceur, en cure de dix à vingt jours.
La feuille et l’écorce du bouleau pourront aussi être consommées en infusion. La feuille est moins amère et ses vertus dépuratives et diurétiques favorisent l’élimination des chlorures, de l’acide urique et de l’urée. Tout comme le fait la piloselle que l’on prendra en infusion (50 g pour un litre d'eau ; trois tasses par jour).
On peut aussi prendre de la Criste marine, une plante de la famille des ombellifères que l’on trouve dans les fentes des rochers bordant l’océan Atlantique et la Méditerranée. C’est une plante dépurative par la voie urinaire et rénale. Son action diurétique et sa richesse en iode en font le compagnon idéal des régimes amincissants.
Il existe des mélanges de plantes obtenu par percolation qui permettent d'obtenir un effet dépuratif diurétique. Par exemple, Drenvite qui contient : orange amère, fenouil, cassis, thé vert, citron. Extraits aqueux de pissenlit, reine-des-prés, chiendent, sureau, fucus, sureau, radis noir, vigne rouge, chrome…
Le plantain pour assainir les poumons…
Les poumons sont avant tout une voie d’élimination de déchets gazeux, mais à cause de la suralimentation et de la pollution, ils rejettent très souvent aussi des déchets solides (glaires). Le
plantain (Plantago majus), si peu connu, est pourtant un fortifiant des voies respiratoires, un stimulant immunitaire hors pair, qui a en plus le pouvoir de modérer les réactions allergiques. Les
propriétés astringentes, cicatrisantes, dépuratives, diurétiques, expectorantes font de cette plante un allié idéal pour nettoyer les bronches. Les feuilles peuvent être utilisées en infusion
(100 g de feuilles dans un litre d'eau bouillante). Vous pourrez aussi trouver du plantain en gélules chez les herboristes.
Enfin, doit-on rappeler que le fait de s’aérer et de respirer à fond en forêt, en bord de mer ou en montagne est un moyen simple de nettoyer ses voies respiratoires ?
La bourrache pour purifier la peau
La peau est le reflet des encombrements du foie, des intestins ou des reins. Elle constitue une triple porte de sortie puisqu’elle peut rejeter des déchets cristalloïdaux dissous dans la sueur prenant ainsi le relais des reins. Elle peut aussi rejeter les déchets colloïdaux par les glandes sébacées se faisant ainsi le relais du foie. Et enfin, la couche basale ondulée de l’épiderme va retransformer des déchets en substances utiles relayant ainsi les intestins. Que de missions pour la peau !
Pour l’aider à excréter, faites appel à la bourrache en fleurs, sudorifique et diurétique (en infusion : 2 cuillères à soupe pour un demi-litre d’eau, infuser quinze minutes et consommer jusqu’à quatre tasses par jour).
Vous pouvez également la prendre en capsules d'huile de bourrache. La racine de bardane est aussi conseillée contre les surcharges de la peau. Il est cependant recommandé de la prendre (à raison de 2 à 4 gélules par jour, en infusion, en teinture mère ou en jus de racine fraîche) en complément à un drainage hépatique.
Il existe enfin un remède de la médecine ayurvédique, le Guggul, fréquemment utilisé en Inde pour retrouver souplesse et mobilité.
Ah ! Une dernière chose
Dépurer les cinq émonctoires en un seul et même traitement peut être dangereux. Il est préférable de les stimuler selon leur ordre d’importance : le foie, les intestins, les reins, les poumons, la peau.
La durée de la cure et la progression des quantités absorbées sont à observer avec prudence surtout si la personne qui va pratiquer les drainages est très intoxiquée (grands mangeurs de viande,
personnes surmédicamentées…) ou que ses forces sont restreintes (personnes âgées, grands malades). C’est une fois les émonctoires rééduqués,
que les cures peuvent porter sur tous les émonctoires en même temps.
Voilà, j'espère que ces infos vous seront utiles. Elles ont été réalisées avec le concours de la rédaction du magazine "Plantes & Santé"